L’aide humaine après un traumatisme crânio-cérébral (TCC): Un accompagnement dans la relation.

Après un TCC (traumatisme cranio-cérébral), le blessé nécessite le plus souvent de l'intervention d'une ou plusieurs tierce(s) personne(s), ce qui constitue l’un des principaux chefs de préjudice dans la réparation du dommage corporel. Il permet en effet au blessé de retrouver une certaine autonomie pour les actes élaborés de la vie quotidienne : activités de loisirs, d’agrément, de manière plus générale un lien social.

Ces besoins en tierce personne sont identifiés et quantifiés au cours l’expertise médicale (substitution, contrôle, surveillance, incitation). Cette assistance est nécessaire pour quatre types d’interventions sur la journée:

    - Aide médico-psychologique quotidienne pour la surveillance, le contrôle et la vérification des actes de la vie quotidienne et d’accompagnement aux déplacements (courses, suivi médical et paramédical) afin de permettre à la victime de participer à ces tâches dans l’accompagnement.
    - Intervention éducative individuelle quotidienne pour les activités à visée de socialisation et de loisirs (organisation et initiation), et l’aide à la gestion budget-achat.

Par exemple, pour la victime qui seule ne peut gérer que de l’argent en espèce.

    - Aide ménagère pour la tenue du domicile et du linge.
    - Rôle d’administrateur légal pour l’assistance à la gestion administrative et financière.

Un régime de curatelle renforcée peut lui permettre d’être participatif dans cette gestion sous contrôle. Le régime de curatelle est présenté dans la loi du 11 février 2005 comme un outil de réadaptation pour les personnes en situation de handicap et non comme un régime de protection liberticide.

Si une robotique peut parfois être proposée pour substituer la tierce personne pour des actions de « faire » différentes activités de vie quotidienne (qu’il s’agisse de tâches domestiques, d’attraper/d’apporter un objet, etc.), les déficits cognitivo-émotionnels spécifiques aux blessés cérébraux démontrent l’intérêt d’un accompagnement adapté.

La réintégration sociale par la relation humaine

Suite à un TCC, les blessés présentent souvent une incapacité à interagir dans le monde social et à s’y adapter, constituant un obstacle à leur réintégration sociale (Joly-Pottuz, Desrichard et Carbonel, 2001 ; Knox et Douglas, 2009). Ces difficultés sont en parties sous-tendues par un dysfonctionnement des processus regroupés sous le terme de cognition sociale, définie par Besche-Richard et Bungener (2006) comme la « capacité à construire des représentations sur les relations entre soi-même et autrui et à utiliser ces représentations de manière flexible pour ajuster et guider son propre comportement social ».

C’est pourquoi l’accompagnement des victimes de TCC doit prendre en compte la dimension relationnelle dans l’aide apportée tandis que la recherche d’autonomie dans un contexte de socialisation reste une priorité à redonner avec des aides humaines. Dans ce contexte, l’utilisation d’une robotique ne peut donc pas répondre aux spécificités que sont les déficits de cognition sociale des blessés cérébraux.

Besche-Richard et Bungener (2006)  insistent également sur la nécessité d’un accompagnement relationnel humain permettant des interactions sociales. Ce suivi permet de corriger ou de reprendre le blessé ayant des difficultés à traiter les émotions et intentions d’autrui (théorie de l’esprit affective et cognitive). Ces mêmes difficultés le rendent vulnérable aux erreurs d’interprétations dans les situations d’interaction sociale, et le blessé aura tendance à favoriser, à terme, l’adoption de modes d’ajustement non adaptés, comme l’évitement (isolement social) ou l’agressivité (violence verbale, physique).

Par ailleurs, les robots sont aussi dépourvus des mécanismes cognitifs permettant la communication émotionnelle, essentielle au décodage des messages émotionnels véhiculés par les gestes d’autrui et d’y répondre de façon adaptée. Cette capacité est indispensable pour organiser nos interactions : les expressions d’autrui représentent son état émotionnel et motivationnel, et les décoder nous permet de prédire ses intentions d’agir, sur le monde, sur nous-mêmes ou sur autrui.

Plusieurs études ont aussi montré que nous utilisons nos propres ressources, notre perspective propre, pour comprendre les sensations et les émotions d’autrui (Dimberg, 1982 ; Wallbott, 1991 ; Hess & Blairy, 2001 ; Niedenthal, 2007). De même, les robots ne peuvent être capable d’empathie émotionnelle, qui impliquent une composante affective permettant de partager l’émotion ressentie par autrui (être triste ou content avec lui, au-delà de « simplement » comprendre pourquoi est ce qu’il éprouve ces émotions).

Langage et savoir-partagé

Clark (1996) insiste en outre sur la pragmatique du langage (le langage dans son contexte) et sur la notion de « savoir partagé » dans les échanges : « dans une conversation, l’interprétation du sens d’un énoncé dépend de la prise en compte d’un ensemble de connaissances partagées par les deux interlocuteurs et connues pour être partagées par chacun d’eux ».

Ce concept de « savoir partagé » contient différentes informations contextuelles. Il concerne le contexte physique actuel, les informations relatives aux anciennes conversations, aux connaissances encyclopédiques, mais aussi les informations relatives à notre interlocuteur (comme son statut social : on ne s’adresse pas de la même manière à son voisin qu’à son chef de service). Chaque interlocuteur participe à la mise à jour de ce savoir partagé en essayant de faire en sorte que l’interlocuteur ait  suffisamment compris ses énoncés (ce qui ne peut se faire que dans la relation à l’autre).

Le robot est lui aussi porteur d’une défaillance de cognition sociale, ce qui sera préjudiciable à la victime et ne constituera en aucun cas un accompagnement pour la victime, si sophistiqué soit-il en intelligence artificielle.

La communication avec autrui nécessite des capacités efficientes de théorie de l’esprit et d’adaptation aux éléments contextuels et circonstanciels. L’accompagnement des victimes de TCC doit tenir compte des dimensions cognitive, affective et relationnelle, et les articuler. Ce qui ne peut relever d’aucune aide technique, y compris robotique car seule une aide humaine dispose de ces compétences.

Caroline BOURDON
Psychologue spécialisée en neuropsychologie
Service de Rééducation fonctionnelle du Dr DERIGHETTI
Hôpital Privé d’Evry
Boulevard des Champs-Elysées
91000 Evry

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